Salamandre
 
  Exposition à la salamandre
  
   
Vernissage  
 
 
   
Artistes exposés :  

Jérôme BAUDUIN - DUB
Rock it NOW !!
1958
sérigraphie et peinture sur textile
encre et acrylique sur carton
163 x 115 cm

A Nîmes, et cela n’a pas changé, les soirs d’été après une journée passée à échapper au soleil, on aime se retrouver à la terrasse des cafés, pour prendre un verre, rencontrer quelqu’un, parler du monde, où simplement rêvasser, penser à avant, penser à après.
Lors de mon premier séjour ici, j’étais installé avec Luis à La Petite Bourse et j’évoquais, je ne sais pourquoi, ma vie à Harlem, et surtout je parlais de ma passion pour le jazz, de mon engagement pour cette musique que je disais être la plus importante de l’histoire, la plus significative, la plus proche de mon univers et de ma vie.
C’est alors qu’un groupe de jeunes hommes et de jeunes femmes, assis à nos côtés, réagirent avec exaspération à mes propos. Ils me dirent que le jazz était maintenant dépassé, et qu’il était supplanté par le rock.
« Cette musique va bien plus loin, elle éclaire plus directement les pans masqués de notre société. Elle exprime vraiment notre révolte et notre refus. C’est un cri que nous revendiquons »
Avec mon mauvais français je n’avais pu réellement défendre ce que je disais et avais laissé la bande bruyante s’en aller. J’y ai souvent pensé depuis.
Aujourd’hui encore, je me dis que les mots d’alors que nous nous jetions n’avaient que peu d’importance car ce soir-là nous n’étions tous que musique, se mêlant, se composant, et ricochant sur les murs courbes des arènes, pour aller alentour, éclabousser la ville qui nous écoutait.


- le narrateur -

   

Doriane FRANCOIS/ Frédéric GONZALEZ/ Cédric L’HOSTE
Campagne publicitaire
pour le lancement du parfum AVA
1939
photo argentique & numérique
60 x 80 cm & 20 x 30 cm

CAMPAGNE PUBLICITAIRE
POUR LE LANCEMENT DU PARFUM AVA
PAR L’AGENCE FRAGON

Cette campagne publicitaire eût lieu pendant le tournage du film New Orleans réalisé par Arthur Lubin ; on suppose qu’elle a posé pour cette publicité mais étant liée par contrat avec la MGM pendant toute la durée du tournage, elle ne pouvait figurer officiellement sur les affiches.
Son visage n’apparaît jamais sur les photos, il n’existe donc, à ce jour, aucune preuve sur sa participation à cette campagne.


Frédéric GONZALEZ/ Doriane FRANÇOIS
avec la participation de Cédric L’HOSTE

   
Jean-Pierre HUGOT
L’incendie
1953 et 2005
feutre et crayon sur Canson
61 x 29,5 cm
   

Christian JULLIAN
sans titre
2005
technique mixte sur toile
150 x 180 cm


« J’ai débuté à New York quand les Blancs ont commencé à piger le swing, cette musique révolutionnaire explosait dans tous les coins de Harlem : dix ans plus tard, elle allait devenir la dernière nouveauté des bourgeois blancs qui la découvraient et apprenaient à la jouer. En tous cas, pour le moment, ils swinguaient d’un bout de la 52e Rue à l’autre, et on n’y voyait pas une seule tête de Noir, à part Teddy Wilson et moi. Teddy jouait en intermède au Famous Door où je chantais. Nous avions l’interdiction absolue de nous mêler aux Blancs ; dès la fin de l’intermède, il fallait détaler dans une ruelle derrière la boîte ou sortir et rester dans la rue. »

- le narrateur -

 
   
Jacques LAFONT
sans titre
1935
photographies numérisées
40 x 50 cm

J’ ai passé une journée éreintante
à voyager dans une mauvaise voiture pour venir jusqu’ici
j’ai chanté toute une longue soirée
et j’ai encore tout donné pour ce foutu jazz
c’est fini pour ce soir
la nuit devient plus claire et j’écoute en silence ce qui se dit là-bas
je me laisse envahir par une lassitude complice
je suis bien
heureux et solitaire.


- le narrateur -
   



Hervé MOLLA
Les Couleurs de La Ava Gardénia
mai 1935
tirage laser sous verre
50 x 50 cm (socle 80 cm)
   

David OLIVARI
sans titre
2005
Vidéo d’après images d’archives
   

Dominiq PEYRONNIER
répétition studio
1933
photo argentique
35,5 x 24 cm

Live in Japan
1935
pochette CD - photo argentique
12,5 x 12,5 cm


Travailler avec la Ava, c’est parcourir le monde.
Je me suis donc envolé vers certaines destinations avec comme objectif : dénicher des vinyles aujourd’hui introuvables.
Les miles aériens parcourus n’ont pas toujours été à la hauteur de mes espérances, mais ce disque dans sa version japonaise et ce CD (réédition du début des années 80) version australienne ont été une chance et un bonheur !
Je garde l’espoir de trouver d’autres chefs d’œuvres dispersés sur la planète.
Ava ne nous a pas quittés, elle est en tournée.

Dominiq PEYRONNIER
   


Véronique PINGUET
Garden-Party
1955
reproductions en plâtre / mobile
400 x 400 cm

« Evoquer le mystérieux personnage d’Ava Gardénia c’est pour moi forcément évoquer une certaine senteur fleurie qui l’accompagnait. Difficile à retrouver, parfois entêtante et parfois à peine perceptible, cette senteur est un souvenir olfactif fort, associé à la musique, à la douce réminiscence d’une présence, et à une image seulement : quelques pétales de fleur de gardénia, épanouis, épars… »


Véronique PINGUET

   
Bruno SABARY
Jazz et Ava Gardénia
1973
peinture sur toile
104 x 138 cm


Perdu dans mes pensées les plus sombres, je sirotais un alcool fort, très fort, aussi fort que ma déprime, ce soir d’automne, accoudé au zinc du bar ou au bar du zinc, je ne sais plus ! Par la force des choses, j’écoutais d’une oreille distraite un trio de musiciens que je jugeais ringard, ils mimaient des airs de jazz. Deux trompettistes et un contrebassiste, même pas un black pour l’ambiance! Levant mes yeux du fond de mon verre à nouveau vide, je lançais un bref regard sur la salle à moitié comble et c’est là où je la vis. D’abord deux yeux immenses, perçants, couleur de jais, me semblait-il, dans la lumière tamisée de la salle. Ce fut un choc, en peu de temps me revint à la mémoire les photos jaunies de cette femme qui m’avait tant fait flasher, la Ava Gardénia, je crois, je ne suis plus très sûr de son nom, il faudra que je demande à Bernard !
C’était comme un aimant, je ne pouvais plus me détacher de son visage auquel la fumée bleutée de sa cigarette donnait une impression d’irréalité. Je secouais la tête, ce que l’alcool pouvait être fort ce soir !!!
C’est là que je m’aperçus que la musique n’était pas aussi ringarde que ça, elle commençait à jouer son rôle, à m’envelopper de ses sonorités. Un solo de trompettes transperça soudain l’atmosphère puis laissa la place à un silence pesant. Soudain la voix rauque de la contrebasse emplit l’espace.
Les vibrations émises par l’instrument résonnaient à travers mon corps ajoutant à cette ambiance oppressante. Comme un âne, je fixais la femme, volontairement ou pas, je ne le saurai jamais, elle croisa haut des jambes magnifiques, laissant nue une cuisse laiteuse à la blancheur accrue par la lumière. Je me sentis plus troublé que je n’aurais dû l’être. Une bouffée de chaleur m’envahit. Pour couper court à cette émotion, je retournais à son visage remarquant alors cette immense bouche rouge, je lui trouvais un air latino, sensuel et provocateur. Les trompettes rejoignirent la contrebasse donnant à la musique une autre acuité.
Ma morosité antérieure s’estompait à vitesse grand V.
Instinctivement, je regardais la contrebasse, association d’idée, regard d’artiste, alcool, je mélangeais dans mon cerveau embrumé la vision des deux, la femme, l’instrument, des courbes en amphore, des hanches, des cuisses galbées, une bouche rouge, des vibrations. Un goût de luxure, quel beau péché, me submergeait ! Saoul, je l’étais, fin saoul, pas encore !
Se lever, se diriger sans tanguer vers elle, en étais-je encore capable ?
L’envie, je l’avais, mais je ressentais comme un sentiment de honte sur mon état, je ne savais même plus avec quoi le barman remplissait mon verre, vodka, whisky, mélange des deux, en tout cas il était vide et moi j’étais plein. Un reste d’orgueil m’intima de ne pas bouger, quelle honte si je trébuchais en allant vers elle ou si je bégayais en lui adressant la parole !
Putain d’alcool, si j’avais su que je la rencontrerais, je n’aurais pas forcé sur la déprime et son médicament aux forts degrés d’abrutissement !
Lasse sans doute d’attendre ou était-ce ma vanité qui me suggérait cette pensée, elle se leva lentement, s’étirant comme une chatte, histoire de rajouter quelques litres de regrets au fond de mon âme alcoolisée. Passant devant moi en me snobant, je sentis les effluves chauds et épicés d’un parfum lourd où j’aurais bien aimé me noyer. Elle ouvrit la porte du bar et sortit et moi comme un gland, incapable de courir après, je retournais à mon ego, moi le looser, l’alcoolo, voilà mon credo et ce putain de trio qui se mettait maintenant à jouer du blues...
Quelle chierie la vie !

Bruno SABARY

 
   


Jean-Michel THIRIET
sans titre
pochette de disque (proposition rejetée) 1952
dessins de presse 1953
encre sur papier
19 x 18 cm et 14 x 10.05 cm

Projet de pochette de 33 tours proposé en juin 1952 par un artiste français ayant rencontré la Ava Gardénia à l’occasion de son passage à Nîmes.
Le projet ne sera pas retenu, la production préférant alors collaborer avec des graphistes plus proches des goûts américains.

Lors de son passage remarqué à Nîmes, la Ava Gardénia inspirera les humoristes de la presse locale et régionale.

Jean-Michel THIRIET

 

   
Jean-Noël TALAMONI
Le tombeau éphémère de la Ava Gardénia
2005
technique mixte sur toile et briquets
185 x 165 cm

LE TOMBEAU EPHEMERE DE LA AVA GARDENIA

La Ava était une grande Dame… une grande âme aussi ! Mille couleurs teintent sa vie et inondent la vie des autres.
Le public est vorace et attend toujours que se manifeste sous ses yeux une trajectoire professionnelle intense d’un être, pour continuer à nourrir son imaginaire assoiffé d’émotions fortes. A travers le Jazz (sa couleur à elle), la Ava s’est sublimée et transcendée laissant derrière elle un puits sans fond de nourritures de l’âme.

Que faire d’une telle abondance, comment la matérialiser ?

J’ai imaginé un tombeau éphémère (le temps de la manifestation) qui est composé d’un panneau d’environ 1500 briquets remplis de 2,5 g de butane. Chaque briquet (unique) symbolise un fragment d’âme de la Ava qu’il suffit d’allumer pour libérer son feu intérieur et confirmer le mythe… c’est le moment de déclarer votre flamme à la Ava…
L’utilisation de la lumière ultraviolet et des peintures fluorescentes matérialisent les mouvements de son âme oscillant entre grâce divine et déboires. La présence de la pénombre, propice au recueillement, révèle l’intimité du personnage.
La Ava Gardénia peut continuer à briller de 1500 feux !


Jean-Noël TALAMONI

Note : Chaque briquet est enveloppé d’un fragment de toile plastique peinte.

   
Philip VAGELLI
Her real jazz mates
entre 1929 et 1936
photo argentique avec virage sélénium
40 x 50 cm

HER REAL JAZZ MATES

Quelle ambiance ce soir là !
Nom de ce fameux club ?
Sans importance maintenant.

Pas en forme, pas belle
Pas ceci, pas cela.
Je ne sais plus quoi encore
Et toujours pas de photos.

Tous ces potes ont joué
Pour elle, avec ou sans Ava
Suivant les sets.

Vieilles photos tachées, pas grave
Retrouvées dans ma cave.
Elles sont là pour me souvenir
D’Ava…


Philip VAGELLI