NegPos
 
 
Exposition  




   
Artistes  

Evelyne BEAUDOING
Pétrification
1955
résine
30 x 40 cm

Le dialogue de ses mains est un regard
Celui que je portais sur La Ava lorsqu’elle chantait
Elle commençait,
C’était un silence qui s’éveillait
Ses mains hésitaient,
Se dépliaient lentement
S’envolaient doucement
Claquaient le rythme
Se tendaient vers nous
Pour nous offrir
Au final
Un cadeau
Léger et tragique


- le narrateur -

 

   


 
Sophie DOLLE
Affiches de concert - Articles de presse
1953
collage de papiers découpés
50 x 70 cm

En 1952, pour la première fois, La Ava chanta « L’enlèvement au Sérail » à la Scala de Milan.
Cette date marqua un tournant décisif dans sa carrière artistique.
En effet, jusque là elle était connue sur toute la planète, comme une immense chanteuse de jazz.
En fait elle songeait depuis quelques temps à changer de registre et à s’essayer à une autre discipline : l’Art lyrique.
Pour se rendre en Italie elle s’était arrêtée trois jours à Nîmes ou elle espérait secrètement rencontrer Pablo Picasso et Ernest Hemingway.
Elle ne les rencontra pas cette fois là mais un an plus tard en 1953.
Par contre elle fit par hasard la connaissance de Luis Miguel Dominguin.
Le premier soir, sur la terrasse intérieure de l’hôtel Imperator, il s’était glissé avec élégance de la nuit à la lumière et quittant l’ombre du jardin, s’était arrêté devant elle pour lui demander tranquillement l’autorisation de lui offrir un verre. Ce premier oui de la Ava, adressé à Luis, allait décider sans qu’elle s’en rende compte de la destination de plusieurs années de sa vie.
Au cours de ces premiers instants passés ensemble, instants ou chacun cherche l’autre, elle avait exprimé l’envie de revenir à Nîmes chanter dans les arènes. Il lui avait dit que cela pouvait probablement s’arranger car il connaissait très bien le responsable culturel de la ville et que de surcroît, celui-ci était un homme épris d’événements novateurs et créatifs.
Ava parlait lyrique et lui avait compris jazz.
Trois jours après son triomphe à la Scala elle lut dans la presse l’incendie du théâtre de Nîmes. Elle en fut émue et contacta l’Imperator pour plus de renseignements. On lui confirma la nouvelle.
On lui apprit également que la presse avait déjà communiqué pour l’année d’après son concert jazz programmé aux arènes, et qu’un concours d’affiches avait été lancé.
Elle en fut stupéfaite mais n’osant révéler l’erreur de Luis elle se contenta d’écrire sur le champ au responsable en prétextant des contrats déjà signés qu’elle ne pouvait annuler.
La déception fut grande dans la ville.
On parla de La Ava, on parla du jazz et cette musique devint sujet d’événements, de controverse et d’engouement.
Quelques concerts virent le jours. Ils eurent de plus en plus de succès et furent de plus en plus nombreux, tant et si bien que 23 ans plus tard, en 1976, un premier festival international de jazz fut inauguré, il allait durer 13 ans et fut créé par Guy Labory.
Les affiches exposées sont les originaux qui devaient annoncer ce concert qui n’eut hélas jamais lieu mais qui est à l’origine d’une tradition qui perdure à Nîmes : l’Amour du jazz.

- le narrateur -

   


Sylvie KUNIECOW

La Ava Gardénia 1953
2005
danse - vidéo
8’ 45”
 

Chemise ayant appartenue à la Ava Gardénia
1928
50 x 65 cm

Le corps est architecture en mouvement
un dialogue
un concert de gestes
un tag qui passe sur un mur de pierres
un discours mouvant
hésitant
qui s’articule
se délie
en langue de signes
conjuguée et murmurée
respirant
sur les lignes rigides et immuables
de l’architecture
qui est « le jeux savant et magnifique des volumes dans la lumière ».


- le narrateur -


P.S : citation de Le Corbusier

   




Françoise LEWIS-RIVIERE
Elle peut-être
Petite histoire d’un piano et d’une photo
2005
objets trouvés, plâtre, résine, photo numérisée
400 x 202 cm

PETITE HISTOIRE D’UN PIANO ET D’UNE PHOTO

Dans les années 1970, on « épurait » la ville de Manchester (Angleterre) de ses vieilles maisons victoriennes, on les vidait avant l’ultime travail, on vendait, on étalait la marchandise sur
le trottoir.
Ce jour-là, un piano sombre et sale accrochait le regard.
Quelques accords qui sonnèrent faux.
Pourtant, il avait du coffre ! Ouvert, il resplendissait à l’intérieur : un piano fin de siècle, cadre métallique, Ernst Kaps, Panzer System numéro 232115, l’artillerie lourde ! Dépoussiéré et accordé, il allait pendant quelques années passer d’agréables moments, piano pour petite fille et copains musiciens.
Le vieil accordeur aveugle le reconnût aussitôt… A son timbre ?
A son intérieur ? « Mais qui a eu l’audace de le peindre en vert ? » dit-il, en ajoutant « dans ma jeunesse je me suis occupé de ce piano. Il a un passé : une chanteuse de jazz américaine a traversé l’Atlantique avec lui jusqu’à Liverpool pour une tournée en Angleterre, qui s’est terminée à Manchester.
La guerre déclarée, elle est repartie précipitamment. »
Lui, il est resté… Et elle ?
Bien des années après, il a aussi traversé la Manche et la France presque jusqu’à la Méditerranée. Vie pépère au soleil jusqu’à ce que l’eau le recouvre aux inondations de 2002 dans le Gard.
Nettoyage à nouveau, pour le sauver encore ?
Et cette photo qu’on trouve à l’intérieur…

Elle, peut-être ?

Françoise LEWIS-RIVIERE

   



 
Christine schadeck
Nue comme un ver
1953
tirages argentiques colorisés
220 x 60 cm

NUE COMME UN VER

25 août 1953

Retour à Nîmes sur fond de rupture. Une de plus. Et pourtant, dans le néant du théâtre vide, la Comtesse aux pieds nus arrache sa dernière paire d’espadrilles à semelles de soie. Mord la corde à pleines dents. Déchiquette le caoutchouc. Lacère le satin brodé.

Ava se sent nue comme un ver. C’est la première fois ce soir qu’elle va chanter les chansons qu’elle a écrites pour lui. Ou plutôt sur lui. Non sur elle. Elle avec lui. Elle devant lui. Elle sans lui. Elle après lui.

Heureusement, il n’est pas là. Elle ? Sa vie ? Sa carrière ? Ca ne l’a jamais intéressé et ne l’intéressera probablement jamais. Ou bien il ne veut pas avoir l’air de lui accorder trop d’importance. Il choisit d’éloigner de lui tout ce qui risque de fissurer sa carapace monocoque. L’équilibre du monolithe est peut-être plus fragile qu’il n’y paraît.

Ava quant à elle, n’a plus de carapace. Plus de seconde peau. Plus de coquille. Elle s’est vraiment mise à nue. Bernard-l’ermite ne trouvant plus de maison. Fœtus cherchant frénétiquement son placenta. Bombyx prématuré reformant son cocon.

Un frêle ver de charme empêtré dans sa gangue, pieds et mains liés par l’écheveau emmêlé, cette ficelle soyeuse, à la fois douce et coupante. Sa chorégraphie n’est pas celle d’un ver blanc au museau noir. Ava pourrait devenir inquiétante comme une mante religieuse, avoir une taille de guêpe, être une véritable petite abeille, gracile et fragile telle une libellule, une chrysalide, mais pas un gros ver blanc qui mâche bruyamment ses feuilles de mûrier fraîches.

Il ne sait pas et ne saura jamais. Il ne la verra pas non plus jouer avec sa filasse animale. Ava. Animale. Possédée. Cambrée. Saoulée. Désolée. La momie gigote dans l’obscurité. Se hisse sur ses membres postérieurs. Debout face au monolithe absent. Emportée par la transe, entravée par la fibre, elle retombe sur la moquette et rampe.

Relève-toi, il n’est pas là. Habille-toi et viens chanter.

Se croyant seule sur la scène, Ava laisse couler ses larmes et vacille à la recherche de l’apaisement. On n’est jamais totalement seule, en témoignent ces photos prises à son insu par celui qui préfère rester dans l’ombre : le monolithe.


Christine SCHADECK